Face à la crue historique qui a touché Angers en février 2026, la mobilisation a été générale pour maintenir au maximum en activité le Marché d’intérêt national (Min), implanté dans le quartier inondable Saint-Serge. Récit de la gestion d’une situation de crise.

Une période historique de crue a touché le territoire angevin pendant une quinzaine de jours à partir de la mi-février 2026. La plus forte depuis 1995 par son intensité et sa durée.

Implanté sur le remblais Saint-Serge, le Marché d’intérêt national s’est retrouvé particulièrement menacé par la montée des eaux. Le souvenir est encore vivace des inondations de 1995 qui avait vu le site être submergé par les eaux.

Pour comprendre les enjeux, il faut savoir que le Min d’Angers héberge 70 entreprises et voit chaque année transiter 200 000 tonnes de marchandises dont une bonne moitié de produits alimentaires. D’où une attention très particulière portée à ce site hautement stratégique.

Prévoir le pire scénario

« Dès les premiers signes d’alerte, nous avons anticipé la sécurisation du Min. Nous avons également mis en place une communication continue par mails et SMS avec les entreprises. Cela a permis d’éviter toute panique et de maintenir la confiance avec nos résidants et les usagers du site », explique Jean Baptiste Mantienne, directeur général d’Aldev et de la Sominval, qui gère le Min d’Angers.

A partir du 13 février, une cellule de crise intercommunale « vigilances crues » est mise en place. Elle se réunit chaque matin à la mairie d’Angers. Un point quotidien est donc établi sur la situation de la Loire et de la Maine. Il permet d’élaborer différents scénarios en se basant notamment sur le jumeau numérique du territoire mis en place par la collectivité.

« Nous étions évidement en contact permanent avec eux. Dès que nous étions alertés, nous informions à notre tour les entreprises et les usagers. Il faut saluer ces derniers pour le grand sérieux et le respect exemplaire des dispositifs mis en place », souligne Jean Baptiste Mantienne.

Des prévisions alarmantes

Le mercredi 19 février, les prévisions de montée des eaux sont de plus en plus alarmantes. Dans un scénario catastrophe, on peut prévoir un pic avec une Maine au-delà de 6,40 m pour le samedi 21. Un Min noyé par les eaux devient alors envisageable.

A ce moment-là, il faut donc jongler avec un double impératif : à la fois se préparer au pire tout en faisant le maximum pour maintenir l’activité afin de nourrir les Angevins et de limiter la perte de chiffres d’affaires des entreprises résidantes.

L’eau a d’ailleurs déjà commencé à envahir le quartier. Les trémies de la voie des berges ont volontairement été inondées. Le parc Saint-Serge, pensé par l’aménageur Alter comme bassin de rétention en cas de crue, joue parfaitement son rôle.

Mais l’eau fait également son apparition par capillarité dans plusieurs secteurs. Les pompes se mettent à tourner à plein régime pour vider les caves. Les parkings sous-terrain se transforment en piscine. On a aussi les pieds dans l’eau en bas de l’avenue Jean-Joxé, à l’entrée du Min. Les rues interdites à la circulation se multiplient.

L’ordre d’évacuation est donné

Le quartier devient de moins en moins praticables et ce qui devait arriver arrive : le jeudi 20 février, l’ordre d’évacuation du site est donné. Il est fixé à 13 h.

« Il n’y avait pas de danger imminent et il nous fallait un peu plus de temps pour permettre notamment aux grossistes de terminer leurs livraisons du week-end », précise Jean-Baptiste Mantienne.

Une dérogation est donc obtenue pour le Min jusqu’au vendredi à 18 h permettant de réaliser les derniers allées et venues en passant par le carrefour Ramon.

Une solution pour stationner au sec

Autre préoccupation immédiate : les entreprises menacées par la montée des eaux veulent pouvoir stationner leurs véhicules au sec.

Une solution temporaire est rapidement trouvée : le Parc Expo met à disposition des parkings. Ces derniers sont sécurisés et gardiennés et accueillent poids-lourds et camionnettes.

Des zones de rechargement électrique y sont même installées pour les véhicules frigorifiques permettant ainsi d’éviter des pertes de produits importantes.

Un week-end sous tension, une reprise maîtrisée

Le samedi matin, la fermeture totale du Min est actée. Tout au long de cette journée, l’eau continue de monter et commence à faire de plus en plus son apparition au sein même du site. D’immenses flaques d’eau s’installent dans les points bas de la voirie et se mettent à grossir pour venir lécher les façades de plusieurs entrepôts.

Pendant la fermeture, les équipes restent mobilisées. Des rondes régulières sont effectuées, les bâtiments menacés sont protégés et les échanges avec la cellule de crise se poursuivent. Les dégâts restent limités.

Dimanche matin, on respire enfin. Le pic est passé mais tout n’est évidemment pas réglé. La décrue s’annonce longue.

« Néanmoins, la réouverture du Min est prioritaire. Si on veut réaliser les livraisons du lundi matin, il faut rouvrir vite. C’est le discours que je tiens auprès des autorités, » poursuit Jean-Baptiste Mantienne.

Et c’est donc logiquement que la collectivité autorise la réouverture du Min dès 18 h le dimanche et non le lundi matin comme initialement envisagé, un horaire déterminant pour les grossistes dont l’activité démarre dès minuit.

Entre la fermeture tardive du vendredi et la réouverture anticipée du dimanche, les entreprises n’auront perdu que le samedi matin, limitant l’impact économique à une demi journée.

Des équipes mobilisées et réactives

« Les agents présents sur le terrain ont fait preuve d’un engagement remarquable. Leur connaissance fine du site, associée à une capacité d’adaptation rapide, a permis d’intervenir efficacement malgré des conditions parfois difficiles. Entre anticipation, coordination et réactivité, la gestion de crise du Min et des services de la métropole a été largement reconnue. Dans cet épisode exceptionnel, la préparation et la solidarité ont permis de traverser cette situation dans les meilleures conditions possibles », conclut Jean Baptiste Mantienne.

Légende : Grande photo. Vendredi 21 février après-midi, l’eau déjà bien présente dans le quartier Saint-Serge et s’approche dangereusement du Min. Autres photos : Courant du week-end, l’eau présente à l’intérieur du Min.

Publié le 26 février 2026