Coup de chapeau au chercheur en épigénétique Etienne Bucher. Le Suisse, arrivé en 2014 à Angers au sein sein des équipes de l’IHRS, vient de décrocher une importante bourse européenne d’un montant de près de 2 millions d’euros. Cette bourse ERC Consolidator va permettre d’étoffer les moyens humains de son équipe, aujourd’hui composée de neuf chercheurs, techniciens et ingénieurs. Trois post-doctorants et autant de doctorants seront recrutés sur la durée du programme. L’enveloppe servira également à financer les travaux de création des plantes, de séquençage génomique et d’analyse des données.

A son arrivée fin 2014, le magazine municipal Vivre à Angers (n°386, déc. 2014) avait publié une interview/portrait du chercheur. La voici :

SON PARCOURS
Étienne Bucher est né en Suisse, il y a 39 ans (NDLR aujourd’hui 41 ans). Titulaire d’un master en génétique de l’université de Bâle, il obtient un doctorat en virologie végétale aux Pays-Bas. Il poursuit ses études à Vienne puis Genève avant de créer un laboratoire à Bâle sur l’épigénétique. Il arrive à Angers le 1er septembre 2014 au sein de l’Institut de recherche en horticulture et semences, pôle regroupant les compétences de l’INRA, Agrocampus Ouest et l’université d’Angers en matière de végétal spécialisé.

Comment êtes-vous arrivé de Bâle à Angers ?
À l’origine, il y a un appel lancé par la Région pour faire naître en Pays de la Loire des projets innovants en matière de recherche. En partenariat avec les chercheurs angevins, j’ai donc proposé de créer à Angers un centre d’expertise en épigénétique des végétaux.

C’est quoi l’épigénétique ?
La génétique, c’est le travail sur l’ADN, le socle sur lequel repose chaque cellule des êtres vivants. Mais les séquences génétiques n’expliquent pas tout. Deux jumeaux qui ont le même ADN seront différents en grandissant dans des milieux différents. L’environnement agit donc dans le développement des individus. L’épigénétique travaille sur les conséquences d’un milieu sur le comportement des gènes. Par exemple : une plante peut mémoriser le nombre de jours de froid qu’elle va subir en enregistrant cette information sur un de ses gènes. Et ce, sous forme de modifications épigénétiques. Nous savons désormais qu’une partie de cette information peut être transmise en héritage. Dans l’exemple de notre plante, cela peut permettre aux générations suivantes de mieux adapter leur développement au climat pour fleurir au moment idéal. Donc, de la même manière quel’on cartographie les génomes, composés des 20 à 40 000 gènes dont disposent généralement les organismes vivants, il est possible d’établir des épigénomes cartographiant les gènes en fonction de cet historique de “mémorisation”.

À quoi cela peut-il servir ?
Mieux connaître la capacité d’adaptation d’une plante à son environnement est une valeur ajoutée considérable dans les processus de sélection. Pouvoir agir sur l’activation d’un gène, sans toucher à la séquence de l’ADN, est quelque chose également de très intéressant pour mieux résister aux maladies, au climat ou s’adapter aux besoins des populations.

Où en est aujourd’hui la recherche dans ce domaine ?
Nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Mais cela va très vite. Grâce aux nouveaux outils, on séquence aujourd’hui un génome humain en une semaine pour moins de 1 000 euros. Aux débuts des années 2000, il avait fallu dix ans et 2 milliards d’euros… L’accélération continue du traitement des données bio-informatiques ouvre des possibilités presque infinies de recherche pour l’épigénétique.

Pourquoi avoir choisi Angers ?
J’avais d’autres belles propositions mais j’ai trouvé ici une vraie dynamique de l’ensemble de la filière. Jean-Pierre Renou, le directeur de l’institut de recherche en horticulture et semences (IRHS), a su me convaincre de tout l’intérêt que j’avais à travailler ici, notamment sur les rosiers et les pommiers.

Pourquoi les pommiers sont-ils si intéressants ?
Parce que les pommiers sont multipliés par voie végétative, en particulier le greffage. Ceci fait que certains pommiers disposent des mêmes informations génétiques que leurs ancêtres d’il y a trois ou quatre cents ans avec, en revanche, des évolutions possibles des informations épigénétiques. Il y a quelque chose de fantastique à pouvoir travailler sur cette mémoire qui a franchi les siècles. D’ailleurs, je dois avouer avoir ressenti une grande émotion quand j’ai vu à deux pas de mon bureau l’immense verger de l’INRA où sont plantées des centaines de variétés différentes de pommiers.

Dans quelles conditions allez-vous travailler ?
Ce projet n’existe nulle part ailleurs. Il va se dérouler sur cinq ans et est cofinancé à hauteur de 1,1 million d’euros par la Région, Angers Loire Métropole, l’INRA et l’université d’Angers. Actuellement, deux chercheurs sont avec moi. D’ici à un an, nous serons sept à travailler sur le sujet. Notre première étape est d’établir l’épigénome des pommiers. Nous mènerons également des recherches sur les rosiers et développerons des projets avec des groupes de recherche en santé humaine. L’objectif est de confronter à une réalité de terrain le fruit de mes recherches. L’aventure commence.